Cacher des informations: pour qui ? pourquoi ?


Dissimulation d'information: un peu d'histoire

La problématique de la dissimulation d'information n'est pas récente. Dès l'antiquité, elle a préoccupé les miliaires, qui ont toujours souhaité pouvoir correspondre avec leurs officiers/troupes sans que leur message tombe aux mains de l'ennemi. L'une des stratégies est de rendre le message inintelligible, par des moyens de chiffrement. L'autre est de dissimuler l'existence même du message, par des moyens de stéganographie. Bien évidemment, les deux techniques peuvent être combinées. On trouve trace de telles procédés dans les Histoires d'Hérodote [3], au Vème siècle avant J.C. : il raconte par exemple au paragraphe 35 du livre V comment on rasa le crane d'un émissaire, avant d'écrire sur son cuir chevelu un message destiné à Aristagoras de Milet, et annonçant que l'heure était venue de se révolter contre les Perses ; une fois les cheveux repoussés, l'émissaire a pu accomplir sa mission. Une autre anecdote du même ouvrage relate comment les messages pouvaient être dissimulés en étant écrits sur le bois servant de support à une tablette de cire, avant que celui-ci ne soit recouvert par la cire ; ainsi, la tablette (de cire) avait tout l'aspect d'une tablette d'écriture vierge.

Au cours des siècles, de nombreux stratagèmes ont ainsi été élaborés, qu'ils soient physiques ou chimiques (encre sympathique). On trouve également quelques ouvrages traitant de stéganographie du XIVème au XVIIème siècles, comme [5] qui étudie des procédés de dissimulation d'information dans des partitions de musique. On peut également citer [2] - qui semble être le plus long acrostiche jamais écrit- ou encore [1] - qui révèle l'amour coupable entre un homme et une femme en utilisant la première lettre de chacun de ses trente-huit chapitres. Notons, les acrostiches étaient très à la mode dans les salons littéraires au XIXème siècle, comme en témoigne [4]. La stéganographie ne concerne pas, comme on le voit, que des contextes militaires ; en témoigne encore ce fameux poème attribué à George Sand, et qu'elle aurait écrit à Alfred de Musset afin de lui faire part de sa passion la plus vive, sans outrager les bonnes moeurs (je vous laisse deviner la procédé de dissimulation utilisé) :
Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute desinteressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. A vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée
La réponse est la suivante,
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
suivie d'un dernier courrier,
Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
Enfin, beaucoup plus récemment, on raconte que Margareth Tatcher a eu recours à ce type de procédés afin de démasquer lequel de ses ministres avait révélé certains documents confidentiels à la presse. Suite à une telle fuite, elle aurait décidé de donner à chacun de ses ministres des versions légèrement différentes des mêmes documents ; ainsi, en cas de publication non autorisée dans la presse, elle pouvait remonter au coupable.
 
Nous nous arrêterons là pour les anecdotes ...
 

References

[1] Hypnerotomachia Poliphili. 1499.
[2] Boccace. Amorosa visione. XIVème siècle.
[3] Hérodote. Histoires. Vème siècle avant JC.
[4] A. Rimbaud. Le dormeur du val. 1870.
[5] G. Schott. Schola Steganographica. XVIIème siècle.

Informations sur le parcours

Titre :
Cacher des informations: pour qui ? pourquoi ?
Profil(s) :
Décideur économique, Enseignant & Lycéen, Ingénieur informatique, Enseignant-Chercheur, Etudiant
Thème :
Marquage d'image et stéganographie
Finalité :
Pédagogique
Difficulté :
niveau 1
Auteur(s) :
Caroline Fontaine
Mise à jour :
16/12/2005

Syndication

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